Polytechnique, 20 ans après.
6 décembre 2009
C’est le Columbine québécois, bon traumatisme même 20 ans après, et triste anniversaire. Il y a donc 20 ans jour pour jour, un jeune homme entrait dans les locaux de Polytechnique Montréal, un Ruger mini 14 au poing et tuait à bout portant 14 jeunes femmes, en blessant autant, puis se suicidait d’une balle dans la tête. En guise de justification, il laissait ce mot lapidaire « je hais les femmes, j’haïs les féministes ». Outre le débat qui s’initia après la tuerie sur le port d’armes d’épaule au Québec et au Canada et sur sa réglementation, on se bat encore aujourd’hui pour savoir si c’était ou non, un crime machiste.
Tout le monde s’accorderait à classifier comme crime raciste un tel acte si jamais un individu débarquait dans une classe, séparait les noirs des blancs et en liquidait l’une ou l’autre moitié, mais ici, alors que le strict identique a eu lieu avec des femmes, le débat court toujours.
Hasard du calendrier, c’est en ce moment que le gouvernement Harper (le néo-con Prime Minister du Canada, qui en tient une couche) cherche à faire disparaître le régime des armes à feu, recensant chaque propriétaire d’arme à feu par catégorie et restreignant tout port d’arme à la possession d’un permis approprié. Ce registre donc, coûte beaucoup trop cher à l’État canadien, 1milliard de dollars en 15 ans quand même, et en plus il fait râler les chasseurs et les agriculteurs, qui se sentent « pris pour des criminels », et qui votent usually pour Harper. Donc petite manip’ hop on économise sur le budget fédéral, hop on gagne des voix dans les milieux ruraux hop on supprime le registre. Joli coup messieurs.
Cependant, il fallait quand même justifier cette suppression par un petit argumentaire démago pour faire passer la pilule, difficile d’assumer un tel choix politique en expliquant ouvertement que c’est un cadeau aux chasseurs du fond de l’Alberta. Nouveau coup d’échecs donc, il suffit alors d’expliquer que le registre ne sert à rien ! La preuve, des massacres depuis il y en a eu de nouveaux, et leurs acteurs étaient enregistrés, ce qui ne les a pas empêcher d’aller la fleur au fusil zigouiller leurs braves compatriotes innocents. A charge d’exemple, les libéraux citent donc la tuerie du collège Dawson de Montréal de décembre 2006. 2 morts.
Bon, laissons parler les spécialistes pour contredire cet argument bidon : « D’après le criminologue Jean-Paul Brodeur, de l’Université de Montréal, on ne peut juger l’efficacité du registre en considérant seulement les événements qu’il ne permet pas de prévenir. «On n’entend pas parler du registre chaque fois que des policiers s’en servent pour une intervention. Et si on prévient ce qui aurait pu être une Polytechnique-2, il y a bien des chances qu’on ne le sache jamais: comment déterminer l’ampleur d’un drame avant qu’il ne survienne?», demande le professeur. Citation du site Ledevoir.com, 3 décembre 2009.
Donc en fait tout le monde se goure sur l’utilisation du registre, servant à retracer les parcours des meurtriers autant qu’à prévenir leurs actes. Le problème c’est qu’au Québec aussi, les gens sont pétris de cette culture Nord américaine qui énonce qu’on nom de la liberté individuelle, tout acte est recevable pour assurer sa sécurité personnelle. Tout acte, dont celui de posséder une ou plusieurs armes à feu à la maison. De pouvoir en acheter sur Internet. De n’avoir de comptes à rendre à personne sur son armement.
Le fond du problème, et on dirait que les québécois ne s’en rendent pas compte, c’est pas de vouloir enregistrer les personnes armées, les US le font bien mieux qu’eux et pour moins cher ça n’empêche rien, le fondement du problème c’est de PERMETTRE à tout le monde d’avoir une arme, au chaud dans un tiroir, sous des chaussettes, pour pouvoir canarder le cambrioleur de passage autant que le clampin qui était au mauvais endroit au mauvais moment.
Hasard de l’histoire, dans cette belle Amérique du Nord, on peut conduire une bagnole à 16 ans, avoir un flingue à 18, mais il faut attendre 21 ans pour pouvoir boire une bière. Aux dernières nouvelles, la cirrhose tue moins que la route, et on assassine difficilement quelqu’un avec une canette.
Le lobby des armes semble donc en bonne voie pour faire faire machine arrière à un registre qui, si il comporte apparemment de nombreuses faiblesses, n’en est pas pour autant inutile. Aujourd’hui, c’est Heidi Rathjen, survivante de la tuerie du 6 décembre et à l’origine du projet du registre qui doit être amère. 15 ans après, sa lutte continue.