L’Avent Hara Kiri – Noël 1973
22 décembre 2009
L’Avent Hara Kiri – Noël 1970
21 décembre 2009
La lettre sans papier
17 décembre 2009
c’est un québécois qui me l’a montré en me disant : tu vois, tous les Français sont pas des cons, il y en quelque uns qui se valent encore…
Lettre aux recteurs des universités
16 décembre 2009
Quand on flâne dans le département de socio de l’UQAM, on trouve affiché dans le grand panneau d’information sur les cursus et les activités de recherche, ce texte écrit par Antonin Artaud et Michel Leiris en 1925 , et paru dans le n 3 de la revue la Révolution Surréaliste :
“ Monsieur le Recteur,
Dans la citerne étroite que vous appellez « Pensée », les rayons spirituels pourrissent comme de la paille. Assez de jeu de langue, d’artifices de syntaxe, de jongleries de formules, il y a à trouver maintenant la grande Loi du cœur, la Loi qui ne soit pas une loi, une prison, mais un guide pour l’Esprit perdu dans son propre labyrinthe. Plus loin que ce que la science pourra jamais toucher, là ou les faisceaux de la raison se brisent contre les nuages, ce labyrinthe existe, point central ou convergent toutes les forces de l’être, les ultimes nervures de l’esprit. Dans ce dédale de murailles mouvantes et toujours déplacées, hors de toutes formes connues de pensée, notre Esprit se meut, épiant ses mouvements les plus secrets et spontanés, ceux qui ont un caractère de révélation, cet air venu d’ailleurs, tombé du ciel.
Mais la race des prophètes s’est éteinte. L’Europe se cristallise, se momifie lentement sous les bandelettes de ses frontières, de ses usines, de ses tribunaux, de ses universités. L’Esprit gelé craque entre les ais minéraux qui se resserrent sur lui. La faute en est à vos systèmes moisis, à votre logique de 2 et 2 font 4, la faute en est à vous, Recteurs, pris au filet des syllogismes. Vous fabriquez des ingénieurs, des magistrats, des médecins à qui échappent les vrais mystères du corps, les lois cosmiques de l’être, de faux savants aveugles dans l’outre-terre, des philosophes qui prétendent à reconstruire l’Esprit. Le plus petit acte de création spontanée est un monde plus complexe et plus révélateur qu’une quelconque métaphysique.
Laissez-nous donc, Messieurs, vous n’êtes que des usurpateurs. De quel droit prétendez-vous canaliser l’intelligence, décerner des brevets d’esprit ?
Vous ne savez rien de l’Esprit, vous ignorez ses ramifications les plus cachées et les plus essentielles, ces empreintes fossiles si proches des sources de nous-même, ces traces que nous parvenons parfois à relever sur les gisements les plus obscurs de nos cerveaux.
Au nom même de votre logique, nous vous disons : la vie pue, Messieurs. Regardez un instant vos faces, considérez vos produits. A travers le crible de vos diplômes, passe une jeunesse efflanquée, perdue. Vous êtes la plaie d’un monde, Messieurs, et c’est tant mieux pour ce monde, mais qu’il se pense un peu moins à la tête de l’humanité.”
J’aime beaucoup étudier ici.
Augusto Forever
14 décembre 2009
Jeudi dernier, j’ai eu très peur. 18h, écroulé devant la télé dans une vaste opération de lobotomie, je viens de finir questions pour un champion, et Pujadas m’explique calmement sur TV5 comment le monde est beau et pourquoi Darcos chante si bien. Petite remise en contexte, je sortais d’une nuit blanche de boulot enchainée sur une journée de cours, j’avais grand besoin d’abrutissement. Je survis donc à l’épreuve du clip UMP, ils sont bien gentils de se taper l’affiche seuls comme des grands. Après par contre, pendant les 4 minutes du docu honteux sur le petit fils de Pinochet en campagne au Chili, là j’ai hurlé.
David donc, heureux de parler de l’international après avoir passé 10 minutes sur les mamies qui se font aggresser par des jeunes voyous, explique calmement comment la campagne pour un poste de député de Rodrigo Pinochet, petit fils du dit Augusto est un signe de “l’évolution des mentalités”. Des 3000 morts sous son régime, des milliers de prisonniers politiques, des 30 000 torturés et des exils forcés, on en entendra pas parler pendant le reportage. ( source pour les chiffres rapport Rettig, dit Rapport de la Comission Nationale Vérité et Réconciliation sur les violations des droits de l’homme pendant la dictature du général Pinochet, trouvable intégralement ici : http://www.ddhh.gov.cl/ddhh_rettig.html en espagnol uniquement, et rapport Valech de 2004)
Simplement, les journalistes présentent l’homme qui fait campagne avec sur ses affiches le portrait du défunt dictateur barré d’un immense “GRACIAS”, comme un courageux politicard capable d’assumer son nom et le sang qui est dessus, sans frémir, heureux de l’héritage familial. Rodrigo était le petit fils “préféré du vieux général” nous apprend la voix off, et c’est en échappant à un attentat qui visait le dictateur alors qu’il n’avait que 9 ans que cette gueule d’ange a trouvé sa vocation. Le message est clair, et l’interview de l’intéressé lui permet même d’expliquer tranquillement comment la dictature de son grand père a permis de redresser économiquement le pays et d’ouvrir la voie à la démocratie. Simple message démago pour inciter à l’établissement de la loi et de l’ordre, pour restaurer la place indispensable de nos jours à l’autorité et à la force militaire sans qui, évidemment, la démocratie ne pourrait pas survivre. Joli brassée de fleurs lancée aussi aux héritiers des Chicago Boys et autres Milton Friedman qui doivent se frotter les mains de toute cette pub gratuite. Ces économistes néolibéraux disciples de Friedman assistent Pinochet qui “sauve” alors le Chili du communisme, mais cet accord tacite ne méritait apparement pas d’être relevé.
On entendra pas parler non plus de l’opération Condor, ni de l’admiration de Pinochet pour Franco (il assista à l’enterrement du “généralissime”) qui fait partie de ceux qu’on aurait du mal à juger autrement que sur leur passé de dictateur. Durant 10 secondes sur 4 minutes, on entend la mère d’un prisonnier politique disparu. D’un seul, sur les milliers. Quand au coup d’Etat en lui même, traité aussi en moins de 10 secondes, on en voit une bombe sur le Palais présidentiel et ce message en off “Beaucoup de Chiliens n’ont pas oublié ce 11 septembre 1973 où le président Allende trouve la mort dans le palais de la Moneda” . Heu non, en fait il se suicide aprés avoir déclaré “ « le président de la République élu par le peuple ne se rend pas », précision à part. Des 40 000 prisonniers politiques enfermés par la suite dans le stade, (130 000 en trois ans), rien non plus. Il faut croire que le baillonnement de la presse sous la dictature avait des conséquences jusqu’à France Télévisions.
Les journalistes jouent aux question réponse à la fin de la même manière que l’avait fait un de leurs confrères 20 ans avant avec le général, lui laissant donc expliquer comment l’armée protège la famille, que la Patrie ne fait qu’une avec la famille, que le communisme est une menace permanente. Jusqu’ici parfaite récitation des fondamentaux du régime autoritaire conservateur, presque le moment le plus intéressant du reportage. Et au mot dictature, quand papi disait qu’il “n’aimait pas ce mot”, Rodrigo affirme simplement qu’il soutient l’oeuvre de son grand père
Que l’on parle de la descendance de Pinochet est essentiel. Qu’on précise que 20 ans après la fin de la dictature, le Chili est encore grandement divisé sur les années de dictature l’est aussi. Mais qu’on permette à un descendant de dictateur de revendiquer l’héritage de son grand père sans même revenir sur les exactions commises sous son régime me donne envie de vomir. Messieurs, mesdames, la Télé vous ment. Vous voulez vous mettre à hurler aussi ? Allez voir par vous même à la date du 10 décembre http://jt.france2.fr/20h/
Pour réagir, on peut toujours le faire en chansons, avec Inti- Illimani qui composa El pueblo unido en exil, qui dura 15 ans, n’ayant jamais pu retourner dans leur pays sous la dictature. à diffuser aux dizaines de milliers de Français qui ne savent rien sur Pinochet et qui depuis qu’ils ont vu ce reportage, en savent encore moins.
Un Sénat coco ???
14 décembre 2009
Vu sur le site du monde il y a 5 minutes :
| DERNIÈRE MINUTE 20h24 |
Redécoupage électoral : le Sénat rejette le projet du gouvernement Le Sénat a adopté lundi, à la surprise générale, un amendement communiste supprimant l’article unique du projet de loi sur le redécoupage électoral. Le gouvernement a immédiatement demandé une seconde délibération sur ce texte. (AFP) |
Bam, pavé dans la mare il y a les mots amendements – communiste – adopté qui se suivent et c’est même pas une joke des guignols ?! Après un bref tour sur le site du Sénat,( oui il faut que je traverse l’Atlantique pour finir sur senat.fr, et alors ?) on constate que le groupe communiste et le Parti de Gauche a fait passer un amendement, le 25e, ils se sont battus les coquins, supprimant purement et simplement le projet de loi sur le redécoupage électoral au prétexte du danger qu’il portait en son sein pour l’équilibre démocratiques de nos institutions. Merci les gars, bonne nouvelle.
Deux questions : d’une : Le Sénant a t il trop bu ce lundi, pour d’un seul coup servir à quelquechose ? Youpi un bicamérisme qui marche la chambre des papis et des mamies sert à autre chose qu’à prendre de la place dans le Jardin du Luxembourg ? et de deux, est ce que ça va changer quelquechose pour la suite ? Le texte a déja été adopté à l’Assemblée, la navette est donc censée finir, mais on en est qu’à la premiére lecture et les umpistes ont le temps de redéposer le texte. Je ne me rappelle d’ailleurs plus comment ça marche cette affaire, mais je le vis bien.
le dit amendement ici : http://ameli.senat.fr/amendements/2009-2010/116/Amdt_24.html
et si jamais vous êtes pris par une insomnie tenace, ou que vous avez vraiment rien à faire, le compte rendu de la séance est là : http://www.senat.fr/cra/s20091214/s20091214_4.html#par_23
vous pourrez y admirer les grandiloquents “Que Nenni !” de Mme la présidente et admirer la hauteur des piques que s’envoient à la figure les ancêtres censés nous non-représenter. ça peut toujours être intéressant pour le contenu même du texte trouvable au même lienm et qui lui, outre les lourdeurs, est instructif.
Headache
10 décembre 2009
Into the white
9 décembre 2009
Aujourd’hui, il neige. Genre quelquechose comme 40cm de fraiche tombés en 12 heures, c’est correct. Et Montréal dans le blanc, ça a de la gueule ! Alors, fier, j’ai étrenné mes bottes d’hiver, je fais un peu cosmonaute avec mais je peux courir ou presque dans 30cm de neige en restant au sec, et même par -20 s’il vous plait.
Puis tu mets les couches multiples, les gants, la polaire, la veste, l’écharpe, la cagoule, la capuche, le bonnet, les surgants tu renlèves les gants parce que tu peux plus faire tes lacets, ça y est tu crèves de chaud vite tu sors, tes colocs se foutent de ta gueule parce qu’on dirait que tu pars à la chasse à l’ours et ça y est, c’est parti.
Là, à ce moment, tu réalises
1) que le bus est passé parce que ça fait 20 minutes que tu t’habilles.
2) que t’es bono pour marcher dans la tempête pendant 20 minutes jusqu’au métro, mais c’est marrant
3) qu’en fait il ne fait que -5, que certains jours de skis sont bien pires et tu te sens con de réagir comme ça en ayant grandi dans les Alpes.
4) Et bordel c’est quoi ce pays avec de la poudreuse à foison où les montagnes sont encore plus ridicules que celles du Massif central.
5) que le choc thermique dans le métro où il fait 20 c’est super violent et que bosser 6h en bibli à la fac (si si) avec tes superbottespousurvivreaufroidpartout + les chaussettes exprès pour c’est un peu un supplice…
Bientôt, des photos, et un bonhomme de neige.
Si la gauche gagne…
8 décembre 2009
Sans rapport avec le Québec, avec la vie d’ici ou celle de la France de Sarkozy, mais j’adore cette photo.
On propose la solution aux militants de la Rose ?
Un article tout propre et tout gentil dans Métro sur la liberté d’expression m’a rappelé le défunt Journal qui se permettait de rire de tout, soit de tout ce dont personne ne rit jamais : le sexe, les pauvres, les femmes, les noirs, l’armée, le sida, le clergé, les arabes et les handicapés.
Donc en hommage à la bande à Cavanna, le mardi sur l’Oeil, ce sera rétrospective “Hara Kiri, le journal Bête et Méchant, les belles images”
Et pour la semaine de Noël, en préparation un calendrier de l’Avent concocté par le professeur Choron. A suivre !
Polytechnique, 20 ans après.
6 décembre 2009
C’est le Columbine québécois, bon traumatisme même 20 ans après, et triste anniversaire. Il y a donc 20 ans jour pour jour, un jeune homme entrait dans les locaux de Polytechnique Montréal, un Ruger mini 14 au poing et tuait à bout portant 14 jeunes femmes, en blessant autant, puis se suicidait d’une balle dans la tête. En guise de justification, il laissait ce mot lapidaire « je hais les femmes, j’haïs les féministes ». Outre le débat qui s’initia après la tuerie sur le port d’armes d’épaule au Québec et au Canada et sur sa réglementation, on se bat encore aujourd’hui pour savoir si c’était ou non, un crime machiste.
Tout le monde s’accorderait à classifier comme crime raciste un tel acte si jamais un individu débarquait dans une classe, séparait les noirs des blancs et en liquidait l’une ou l’autre moitié, mais ici, alors que le strict identique a eu lieu avec des femmes, le débat court toujours.
Hasard du calendrier, c’est en ce moment que le gouvernement Harper (le néo-con Prime Minister du Canada, qui en tient une couche) cherche à faire disparaître le régime des armes à feu, recensant chaque propriétaire d’arme à feu par catégorie et restreignant tout port d’arme à la possession d’un permis approprié. Ce registre donc, coûte beaucoup trop cher à l’État canadien, 1milliard de dollars en 15 ans quand même, et en plus il fait râler les chasseurs et les agriculteurs, qui se sentent « pris pour des criminels », et qui votent usually pour Harper. Donc petite manip’ hop on économise sur le budget fédéral, hop on gagne des voix dans les milieux ruraux hop on supprime le registre. Joli coup messieurs.
Cependant, il fallait quand même justifier cette suppression par un petit argumentaire démago pour faire passer la pilule, difficile d’assumer un tel choix politique en expliquant ouvertement que c’est un cadeau aux chasseurs du fond de l’Alberta. Nouveau coup d’échecs donc, il suffit alors d’expliquer que le registre ne sert à rien ! La preuve, des massacres depuis il y en a eu de nouveaux, et leurs acteurs étaient enregistrés, ce qui ne les a pas empêcher d’aller la fleur au fusil zigouiller leurs braves compatriotes innocents. A charge d’exemple, les libéraux citent donc la tuerie du collège Dawson de Montréal de décembre 2006. 2 morts.
Bon, laissons parler les spécialistes pour contredire cet argument bidon : « D’après le criminologue Jean-Paul Brodeur, de l’Université de Montréal, on ne peut juger l’efficacité du registre en considérant seulement les événements qu’il ne permet pas de prévenir. «On n’entend pas parler du registre chaque fois que des policiers s’en servent pour une intervention. Et si on prévient ce qui aurait pu être une Polytechnique-2, il y a bien des chances qu’on ne le sache jamais: comment déterminer l’ampleur d’un drame avant qu’il ne survienne?», demande le professeur. Citation du site Ledevoir.com, 3 décembre 2009.
Donc en fait tout le monde se goure sur l’utilisation du registre, servant à retracer les parcours des meurtriers autant qu’à prévenir leurs actes. Le problème c’est qu’au Québec aussi, les gens sont pétris de cette culture Nord américaine qui énonce qu’on nom de la liberté individuelle, tout acte est recevable pour assurer sa sécurité personnelle. Tout acte, dont celui de posséder une ou plusieurs armes à feu à la maison. De pouvoir en acheter sur Internet. De n’avoir de comptes à rendre à personne sur son armement.
Le fond du problème, et on dirait que les québécois ne s’en rendent pas compte, c’est pas de vouloir enregistrer les personnes armées, les US le font bien mieux qu’eux et pour moins cher ça n’empêche rien, le fondement du problème c’est de PERMETTRE à tout le monde d’avoir une arme, au chaud dans un tiroir, sous des chaussettes, pour pouvoir canarder le cambrioleur de passage autant que le clampin qui était au mauvais endroit au mauvais moment.
Hasard de l’histoire, dans cette belle Amérique du Nord, on peut conduire une bagnole à 16 ans, avoir un flingue à 18, mais il faut attendre 21 ans pour pouvoir boire une bière. Aux dernières nouvelles, la cirrhose tue moins que la route, et on assassine difficilement quelqu’un avec une canette.
Le lobby des armes semble donc en bonne voie pour faire faire machine arrière à un registre qui, si il comporte apparemment de nombreuses faiblesses, n’en est pas pour autant inutile. Aujourd’hui, c’est Heidi Rathjen, survivante de la tuerie du 6 décembre et à l’origine du projet du registre qui doit être amère. 15 ans après, sa lutte continue.



